De l’importance du Dimanche
Avec Myriam nous sommes étonnés de voir comment plusieurs de nos connaissances vivent le Dimanche. Il semble que c’est un jour comme tous les autres. La notion de la joie, de la fête des retrouvailles entre chrétiens pour célébrer Dieu est peu invoquée. Ne parlons pas du fait de se nourrir de sa Parole et goûter à sa présence lors du Repas du Seigneur…
C’est état de fait nous attriste et comme je suis tombé récemment sur un texte de chrétiens des premiers siècle, je me permets de les partager ci-après. Je suis étonné de voir cette passion pour ce jour du Dimanche et l’importance mise sur le fait de partager le Repas du Seigneur. On a dû perdre quelque chose le long de la route…
Nous ne pouvons pas vivre sans assemblée dominicale
Ainsi s’expriment, en l’an 304, devant le tribunal de Carthage en Tunisie, ceux et celles qui vont devenir les martyrs d’Abitène.
• « Le jour du Seigneur, il faut courir avec diligence à l’Église », … « et que personne ne manque à l’assemblée » : telles sont les consignes de la « Didascalie des apôtres », ce célèbre texte de notre Tradition, qui nous vient du milieu du IIIe siècle.
• « Le jour qu’on appelle Jour du Soleil (cf. aujourd’hui Sonntag, Sunday…), tous, dans les villes ou à la campagne, se réunissent dans un même lieu », témoigne Saint Justin au milieu du IIe siècle…
• « Ils se réunissent à jour fixe, avant l’aube, pour chanter une hymne au Christ… » dit le rapport de police qu’écrit en l’an 112 le gouverneur romain Pline le Jeune à l’empereur Trajan : il parle bien sûr des chrétiens !
• Dès la fin du premier siècle, Saint Ignace d’Antioche écrit cette parole splendide : « Le Dimanche est le jour où notre vie se lève par le Christ ! »
Le Dimanche, en effet, un événement nous oblige à nous rassembler pour rendre grâce à Dieu, Dieu comme Père qui continue de nous donner son Fils, Dieu comme Fils qui continue de s’offrir en sacrifice et de nous donner sa vie, Dieu comme Esprit-Saint qui continue de nous dévoiler la beauté d’un Amour à recevoir de Dieu pour le vivre entre nous.
Le Dimanche, les baptisés manifestent qu’ils reçoivent le meilleur de leur vie de cet amour qui circule si bien dans la Trinité et si difficilement entre nous !
Alors ils sortent du lit ! Ils se bougent ! Ils s’assemblent ! Même s’il faut aller un peu plus loin que d’habitude ! Même s’ils n’en ont pas envie ! Parce que chaque membre de l’équipe Église doit pouvoir compter sur la présence de tous les autres…
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils ont compris qu’ils étaient « convoqués » à l’Assemblée. C’est bien plus fort qu’« invités ». Parce que le corps a besoin de tous les membres : un seul membre lui manque et tout le corps est amputé.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils se saluent comme des frères, avant de prier. Frères différents, frères difficiles, frères ennemis parfois, mais frères quand même.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils savent se reconnaître, lucidement et humblement, pécheurs encore aimés, pardonnables, encore appelés, encore envoyés.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils savent écouter attentivement la Parole, parce que cette Parole est unique ; elle s’est faite totalement chair dans le Fils ; c’est la seule Parole qui ne se paye pas de mots.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils proclament la foi de l’Église dans la conscience que la leur reste fragile et partielle, mais qu’elle est enrichie par la foi des frères.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils dépassent les intentions de leurs prières personnelles et les élargissent aux dimensions du monde.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils cherchent à s’unir à l’offrande parfaite que Jésus fait de Lui-même.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils reconnaissent sous l’apparence pauvre d’un peu de pain et d’un peu de vin, la présence la plus riche du Christ qui s’offre encore et toujours.
• Ils font la joie de Dieu leur Père, s’ils ne se contentent pas de dire avec recueillement le « Notre Père », mais s’engagent les uns devant les autres, dans un geste de frères, à devenir des artisans inlassables.
Homélie de Benoît XVI : Redécouvrir la « joie du dimanche chrétien »
ROME, Dimanche 29 mai 2005 (ZENIT.org) - Le pape Benoît XVI invite les fidèles à redécouvrir « la joie du dimanche chrétien ». Il a rappelé l’importance vitale du dimanche pour les premiers chrétiens, qui l’ont vécu au prix de leur vie, comme les martyrs d’Abitène.
Dans son homélie pour la conclusion du congrès eucharistique italien sur le thème « Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre », le pape Benoît XVI a rappelé certains aspects essentiels du dimanche et de l’Eucharistie dominicale.
L’histoire et la culture du peuple italien Il disait tout d’abord : « Glorifie le Seigneur, Jérusalem, loue ton Dieu, ô Sion » (Refrain du psaume). L’invitation du psalmiste qui trouve un écho également dans la Séquence, exprime très bien le sens de cette célébration eucharistique : nous sommes rassemblés ici pour louer et bénir le Seigneur. C’est la raison qui a poussé l’Eglise italienne à se retrouver ici, à Bari, pour le Congrès eucharistique national. Moi aussi j’ai voulu m’unir aujourd’hui à vous tous pour célébrer avec un relief particulier la solennité du Corps et du Sang du Christ, et rendre ainsi hommage au Christ dans le Sacrement de son amour et en même temps renforcer les liens de communion qui me lient à l’Eglise en Italie et à ses pasteurs.
En saluant les personnalités présentes et les organisateurs, le pape a souligné : « Je salue également les autorités, qui par leur présence très appréciée soulignent combien les Congrès eucharistiques font partie de l’histoire et de la culture du peuple italien ».
Le privilège de participer à l’Eucharistie « Chers amis venus à Bari de différentes régions d’Italie pour célébrer ce congrès eucharistique, nous devons redécouvrir la joie du dimanche chrétien, invitait le pape. Nous devons redécouvrir avec fierté le privilège de pouvoir participer à l’Eucharistie qui est le sacrement du monde nouveau. La résurrection du Christ est advenue le premier jour de la semaine, qui est pour les Juifs le jour de la création du monde. C’est justement pour cela que le dimanche était considéré comme le jour où a commencé le jour nouveau celui dans lequel, par la victoire du Christ sur la mort, a commencé la création nouvelle. En nous réunissant autour de la table eucharistique, la communauté se formait comme nouveau peuple de Dieu. Saint Ignace d’Antioche appelait les chrétiens « ceux qui sont arrivés à l’espérance nouvelle » et il les présentait comme des personnes « vivant selon le dimanche » (”iuxta dominicam viventes”). Dans cette perspective, l’évêque d’Antioche se demandait : « Comment pourrions nous vivre sans Lui, que les prophètes aussi ont attendu ? (Lettre aux Magnésiens, 9,1-2). « Comment pourrions nous vivre sans Lui ? » nous entendons ces paroles de saint Ignace résonner dans l’affirmation des martyres d’Abitène “Sine dominico non possumus”. C’est justement de là que jaillit notre prière : que les Chrétiens d’aujourd’hui aussi redeviennent conscients de l’importance décisive de la célébration dominicale et qu’ils sachent tirer de la participation à l’Eucharistie l’élan nécessaire à un nouvel engagement dans l’annonce au monde du Christ « notre paix » (Ep 2,14
French: Louis Segond (1910) - SEG
14 Car il est notre paix, lui qui des deux n`en a fait qu`un, et qui a renversé le mur de séparation, l`inimitié,
Les martyrs d’Abitène « Ce congrès eucharistique qui se conclut aujourd’hui, rappelait le pape, entendait représenter le dimanche comme la « Pâque hebdomadaire », expression de l’identité de la communauté chrétienne et centre de sa vie et de sa mission. Le thème choisi « Sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre », nous ramène à l’année 304, lorsque l’empereur Dioclétien interdit aux chrétiens, sous peine de mort, de posséder les Ecritures, de se réunir le dimanche pour célébrer l’Eucharistie et de construire des lieux pour leurs assemblées. A Abitène, petite localité de la Tunisie actuelle, 49 chrétiens furent surpris un dimanche tandis que, réunis dans la maison d’Octave Félix, ils célébraient l’Eucharistie en défiant les interdits impériaux. Arrêtés, ils furent conduits à Carthage, pour être interrogés par le Proconsul Anulinus. Entre autres, la réponse qu’Eméritus a donnée au proconsul qui lui demandait pourquoi ils avaient transgressé l’ordre de l’empereur, était significative. Il dit : “Sine dominico non possumus” : sans nous réunir en assemblée le dimanche, pour célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre. Nous manquerions de forces pour affronter les difficultés quotidiennes et pour ne pas succomber. Après des tortures atroces, les 49 martyrs d’Abitène furent tués. Ils confirmèrent ainsi leur foi, par l’effusion du sang. Ils moururent mais en vainqueurs : nous faisons maintenant mémoire d’eux dans la gloire du Christ ressuscité ».
Il n’est pas facile de vivre en chrétien aujourd’hui Le pape Benoît XVI commentait ainsi le récit du martyre des chrétiens d’Abitène : « C’est une expérience à laquelle nous devons réfléchir nous aussi, chrétiens du XXIe s. Pour nous non plus, ce n’est pas facile de vivre en chrétiens. D’un point de vue spirituel, le monde dans lequel nous nous trouvons, marqué si souvent par une consommation effrénée, par l’indifférence religieuse, par une sécularisation fermée à la transcendance, peut sembler être un désert non pas moins dur que le (désert) « grand et épouvantable » (Dt 8,15
French: Louis Segond (1910) - SEG
15 qui t`a fait marcher dans ce grand et affreux désert, où il y a des serpents brûlants et des scorpions, dans des lieux arides et sans eau, et qui a fait jaillir pour toi de l`eau du rocher le plus dur,
French: Louis Segond (1910) - SEG
3 Il t`a humilié, il t`a fait souffrir de la faim, et il t`a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n`avaient pas connue tes pères, afin de t`apprendre que l`homme ne vit pas de pain seulement, mais que l`homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l`Éternel.
French: Louis Segond (1910) - SEG
58 C`est ici le pain qui est descendu du ciel. Il n`en est pas comme de vos pères qui ont mangé la manne et qui sont morts: celui qui mange ce pain vivra éternellement.
L’énergie nécessaire pour le chemin à parcourir Le pape actualisait ce commentaire en ajoutant à propos du précepte dominical : « Nous avons besoin de ce pain pour affronter les fatigues et les lassitudes du voyage. Le dimanche, Jour du Seigneur, est l’occasion propice pour puiser la force en lui, qui est le Seigneur de la vie. Le précepte de la fête n’est donc pas simplement un devoir imposé de l’extérieur. Participer à la célébration dominicale et se nourrir du Pain eucharistique est un besoin pour le chrétien qui peut ainsi trouver l’énergie nécessaire pour le chemin à parcourir. Un chemin qui n’est d’ailleurs pas arbitraire : la route que Dieu indique par sa Loi va dans la direction inscrite dans l’essence même de l’homme. La suivre signifie pour l’homme se réaliser lui-même ; la perdre revient à s’égarer soi-même ».
On préfère un Dieu « lointain » Mais le pape insistait aussi sur la « présence » véritable (et pas seulement symbolique) du Christ dans l’Eucharistie en disant : « Le Seigneur ne nous laisse pas seuls sur ce chemin. Il est avec nous ; plus encore, il désire partager notre sort jusqu’à s’immerger en nous. Dans le colloque que rapporte l’Evangile, il dit : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6,56
French: Louis Segond (1910) - SEG
56 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui.
French: Louis Segond (1910) - SEG
52 Là-dessus, les Juifs disputaient entre eux, disant: Comment peut-il nous donner sa chair à manger?
French: Louis Segond (1910) - SEG
53 Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l`homme, et si vous ne buvez son sang, vous n`avez point la vie en vous-mêmes.
French: Louis Segond (1910) - SEG
52 Là-dessus, les Juifs disputaient entre eux, disant: Comment peut-il nous donner sa chair à manger?
French: Louis Segond (1910) - SEG
67 Jésus donc dit aux douze: Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller?
French: Louis Segond (1910) - SEG
68 Simon Pierre lui répondit: Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Les résistances de saint Augustin, sous l’influence de Platon Le pape poursuivait son commentaire serré de ce « discours du pain de vie » de l’évangile selon saint Jean en s’appuyant sur saint Augustin : « Dans l’Eucharistie, le Christ est réellement présent parmi nous. Ce n’est pas une présence statique. C’est une présence dynamique qui nous saisit pour nous faire siens, pour nous assimiler à Lui. Augustin l’avait bien compris lui qui, venant d’une formation platonicienne, avait eu beaucoup de mal à accepter la dimension « incarnée » du christianisme. Il réagissait tout particulièrement face à la perspective du « repas eucharistique » qui lui semblait indigne de Dieu : dans les repas communs en effet, l’homme semble le plus fort, dans la mesure où c’est lui qui assimile la nourriture en en faisant un élément de sa réalité corporelle. Ce n’est que dans un second temps qu’Augustin comprit que les choses allaient exactement dans le sens inverse : le centre, c’est le Christ, qui nous attire à lui pour faire de nous une seule chose avec lui (cf. Confessions, VII,10,16). De cette façon, il nous introduit dans la communauté des frères ».
avril 16th, 2008 - Posted in Foi, Liturgie | |
